La banque privée suisse Julius Baer a annoncé une collecte nette modeste de 3 milliards de francs suisses sur les quatre premiers mois de 2026, un résultat nettement inférieur aux attentes des analystes qui prévoyaient 5,7 milliards. Cette performance décevante intervient alors que le groupe a prévenu que le rythme exceptionnel d’activité observé au premier trimestre ne devrait pas se maintenir dans les mois à venir, impactant ses perspectives à court terme.
- Julius Baer a enregistré 3 milliards de francs suisses d’afflux nets sur quatre mois, bien en dessous des prévisions à 5,7 milliards.
- Le ralentissement est imputé à la mise à jour des procédures de gestion des risques, l’incertitude géopolitique et une pause dans le réendettement des clients.
- La banque annonce une réorganisation de sa direction avec deux nouvelles nominations au comité exécutif.
Collecte sous les attentes et repli du cours en Bourse
Le 22 mai, Julius Baer a publié un afflux net de capitaux de 3 milliards de francs suisses (3,29 milliards d’euros) entre janvier et avril 2026, un chiffre en dessous du consensus des analystes de 5,7 milliards. Cette annonce a provoqué une chute de l’action de plus de 8% vendredi en milieu de journée, avec un cours à 62,6 francs suisses.
Cette contre-performance dans la collecte sous-entend un ralentissement de la dynamique client, alors que le contexte économique et géopolitique reste incertain.
Facteurs évoqués pour expliquer la baisse des flux
La baisse du taux annualisé d’afflux nets, qui est passé de +2,7% lors du second semestre 2025 à +1,7% sur les quatre premiers mois de 2026, s’explique par plusieurs causes internes et externes. D’une part, Julius Baer a renforcé ses processus internes de gestion des risques et de conformité, ce qui a freiné la prise de nouveaux actifs.
D’autre part, la tension géopolitique autour du conflit au Moyen-Orient renforce l’incertitude, repoussant certaines décisions d’investissement. Enfin, une pause dans le réendettement des clients a également limité les nouveaux flux entrants. Malgré cela, la banque maintient son objectif de croissance annuelle des afflux nets compris entre 4% et 5% d’ici 2028.
Cette volonté de croissance à moyen terme illustre la confiance du groupe dans son modèle malgré les turbulences récentes.
Actifs sous gestion et impact du franc suisse
Au 30 avril, les actifs totaux sous gestion par Julius Baer atteignaient 528 milliards de francs suisses. Cette progression repose à la fois sur une bonne performance des marchés actions locaux et internationaux, et sur des entrées nettes de capitaux.
Ce double effet positif a compensé les effets défavorables d’une nouvelle appréciation du franc suisse, monnaie historiquement forte qui peut pénaliser la valorisation des actifs libellés en devises étrangères. L’appréciation du franc agit notamment sur le rendement des investissements libellés en dollars ou en euros lorsqu’ils sont convertis en francs suisses, réduisant la valeur comptable en monnaie locale.
Prévisions prudentes pour les prochains mois
Stefan Bollinger, directeur général, souligne les progrès réalisés sur les priorités stratégiques et opérationnelles du groupe, qui permettent de rester sur la trajectoire pour atteindre les objectifs de moyen terme. Toutefois, face au ralentissement observé dès avril dans l’activité des clients, Julius Baer ne s’attend pas à un retour rapide aux niveaux exceptionnels du premier trimestre 2026.
Réaction des analystes
Selon Andreas Venditti, analyste chez Vontobel, malgré une collecte décevante, les revenus tirés des activités restent solides, ce qui améliore les marges opérationnelles et le ratio coûts/revenus. De leur côté, les experts de Citi qualifient ces résultats de « mitigés », reflétant une prudence généralisée face au ralentissement des flux nets.
Réorganisation au sein de la direction
Le dernier rapport de gestion ne fait pas mention de l’enquête en cours menée par la Finma, la régulateur financier suisse, qui bloque actuellement toute opération de rachat d’actions par la banque. En revanche, le document annonce deux nominations importantes au comité exécutif : Thomas Frauenlob, basé à Zurich, nommé codirecteur des marchés occidentaux et suisse, ainsi que Rajesh Manwani, basé à Singapour, nommé codirecteur des produits et solutions mondiaux.
Par ailleurs, Christoph Hiestand, conseiller juridique général, quitte le comité de direction, mais continuera de répondre directement au directeur général. Cette réorganisation complète celle déjà entamée en avril dernier avec le renouvellement programmé du directeur financier, conséquence des pertes importantes liées à des prêts à risque.
Cet article est fourni à titre informatif et éducatif. Il ne constitue pas un conseil en investissement au sens de l’article L321-1 du Code monétaire et financier. Les rendements passés ne préjugent pas des rendements futurs. Consultez un conseiller en gestion de patrimoine pour une recommandation personnalisée.
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