En douze ans passés à analyser les évolutions des grandes structures d’assurance et de protection sociale, j’ai pu observer à quel point l’ajustement fin entre actifs et passifs est devenu central pour garantir la stabilité financière. Avec Malakoff Humanis qui gère désormais 72,8 milliards d’euros de placements, la clôture du gap de duration fin 2025 marque une étape clé. Cette stratégie assure non seulement une meilleure couverture des engagements financiers, mais elle s’accompagne d’une allocation prudente qui conserve néanmoins une part dédiée à la performance, tout en inscrivant fermement l’ESG dans ses objectifs, notamment à travers un engagement accru sur la biodiversité. Ce positionnement reflète les exigences croissantes des marchés et des régulateurs envers les acteurs sociaux investissant sur le long terme.
Ce que vous devez retenir
- Malakoff Humanis a complètement refermé son gap de duration fin 2025, alignant mieux la maturité de ses actifs sur ses engagements.
- Le portefeuille sous gestion s’élève à 72,8 milliards d’euros, avec une allocation prudente intégrant une poche d’adossement générant plus de 3 % de rendement.
- Le groupe maintient une politique ESG active, avec une réduction de 19 % de son intensité carbone entre 2022 et 2025, et investit dans des fonds dédiés à la biodiversité.
- La collaboration approfondie avec Sienna Investment Managers illustre la volonté d’innovation dans la dette privée à impact social et environnemental.
Un ajustement stratégique du gap de duration
Depuis plusieurs années, Malakoff Humanis a concentré ses efforts sur la réconciliation de la duration entre ses actifs financiers et ses passifs, un levier clé pour limiter le risque de désynchronisation et optimiser le rendement ajusté au risque. Lors de périodes de taux faibles, le groupe avait toléré un écart de duration, mais la remontée des taux a permis d’investir dans des obligations à plus longue échéance, offrant ainsi des rendements plus attractifs. À la fin de l’année 2025, ce gap de duration a été totalement comblé, ce qui constitue une garantie supplémentaire pour la robustesse financière du groupe dans un contexte incertain. Cette manœuvre s’inscrit dans une politique d’investissement à long terme, renforçant la capacité du groupe à honorer ses engagements futurs dans un environnement marqué par la volatilité des marchés obligataires.
Composition du portefeuille : prudence et opportunités
Le portefeuille, piloté par Aurélie Baudhuin et ses équipes, s’organise en deux principales poches. La première, dite d’adossement, représente les deux tiers des actifs et comprend principalement des obligations investment grade, une dette privée senior sélectionnée, ainsi qu’une part immobilière significative. Cette poche délivre à ce jour un rendement supérieur à 3 %, une performance notable dans le contexte actuel. La seconde poche, destinée à la performance, concentre un tiers du portefeuille et englobe les actifs cotés diversifiés, le non coté hors dette privée ainsi que la dette junior, offrant un potentiel de surperformance plus élevé. Cette stratégie double vise à équilibrer la sécurité de la couverture des passifs tout en conservant une dynamique de croissance du capital, indispensable pour faire face aux défis de long terme.
Répartition obligataire et diversification géographique
L’année 2025 a été marquée par une augmentation significative des investissements en obligations souveraines, notamment en zone euro, au détriment de la dette corporate qui affichait une prime de risque jugée insuffisante. Le groupe entretient une exposition importante à la dette française, mais s’oriente vers une diversification vers l’Italie et l’Espagne afin d’optimiser le profil de risque-rendement. L’année 2026 a par ailleurs débuté avec des arbitrages obligataires opportunistes, tirant parti de la pentification des courbes de taux et des niveaux élevés des rendements pour améliorer la contribution des obligations au portefeuille. Cette gestion active est un levier essentiel dans le contexte économique européen actuel, où les anticipations des taux et la dynamique des spreads sont particulièrement volatiles.
- Encours total sous gestion : 72,8 milliards d’euros
- Rendement de la poche d’adossement : supérieur à 3 %
- Réduction d’intensité carbone : -19 % entre 2022 et 2025
- Investissement initial dans le fonds biodiversité : 80 millions d’euros (lancé en décembre 2024)
- Objectif carbone : -50 % d’émissions scopes 1, 2, 3 d’ici 2030 (base 2019)
Actions et non coté : un équilibre mesuré
Le segment actions a connu une forte performance en 2025, avec un décaissement significatif des plus-values en début 2026. Toutefois, face à la hausse des taux, Malakoff Humanis a réduit légèrement sa pondération en actions au profit de la poche obligataire. La gestion actions adopte une démarche quasi-indicielle, retirant 20 % des sociétés les plus faibles en critères ESG, tout en appliquant des exclusions sectorielles et normatives strictes. Contrairement à certains acteurs, le groupe ne proscrit pas entièrement l’industrie de la défense, mais ajuste finement les expositions selon l’analyse des controverses. En private equity, l’orientation reste très centrée sur la France, avec une diversification européenne sans exposition américaine. La dette privée senior, positionnée dans la poche d’adossement, bénéficie d’opportunités anciennes à taux bas et offre un rendement supérieur à 3 %.
Immobilier et infrastructures : diversification et expertise renforcée
Le rapprochement avec La France Mutualiste et Unofi permet une diversification plus poussée des sous-classes immobilières. La nomination récente de François Grandvoinnet à la tête de la direction des investissements immobiliers apporte une expertise reconnue, valorisant l’approche patrimoniale du groupe. Bien que les plus-values latentes aient diminué, elles restent positives, attestant d’une gestion prudente malgré les pressions actuelles sur le marché immobilier. Dans le secteur des infrastructures, les investissements des deux dernières années ont été largement orientés vers les projets liés à la transition énergétique, alignant la politique d’investissement sur les enjeux environnementaux majeurs et renforçant la résilience du portefeuille.
Engagements ESG et innovation sur la biodiversité
Aurélie Baudhuin, présidente depuis 2025 du Forum pour l’Investissement Responsable (FIR), impose un haut degré d’exigence en matière d’ESG au sein de Malakoff Humanis. Le groupe poursuit sa trajectoire ambitieuse de réduction d’émissions CO2 (scopes 1, 2 et 3) avec une baisse effective de 19 % à fin 2025 et un objectif de 20 % à horizon fin 2026. Le pilotage ESG est désormais assuré par la plateforme technologique Weefin, qui fournit des indicateurs transparents et actualisés mensuellement. Cette solution innovante facilite le suivi précis de chaque entité et fonds spécialisés, améliorant la prise de décision et l’ajustement continu des investissements.
En matière de biodiversité, le groupe a initié un investissement dans un fonds côté géré par Mirova, avant de lancer un fonds de dette privée à impact conçu avec Sienna Investment Managers, dédié à la biodiversité en Europe. Ce dernier, parti en décembre 2024, a démarré avec une enveloppe souscrite de 80 millions d’euros. Les critères d’investissement reposent sur des métriques élaborées avec Habitat Nature, agence de notation québécoise impliquée dans l’IPBES, garantissant un fondement scientifique rigoureux. À fin 2025, la part des investissements à impact positif atteint 1,5 milliard d’euros, avec une cible portant cette enveloppe à 1,8 milliard d’euros d’ici fin 2026.
Un partenariat stratégique avec Sienna Investment Managers
Le partenariat entre Malakoff Humanis et Sienna Investment Managers dépasse la simple délégation de gestion. En 2025, des négociations ont été initiées pour reprendre Sienna Gestion et Sienna 2A auprès de GBL, avec un feu vert de l’Autorité de la concurrence attribué le 26 janvier 2026. Ce document marque un retour aux origines, Sienna étant l’ancien Malakoff Humanis Gestion d’Actifs. Sienna gère notamment les actifs de retraite complémentaire alignés sur le règlement Agirc-Arrco, intégrant le suivi de l’engagement et les directives de vote en assemblée générale. Cette collaboration a permis la création conjointe de plusieurs fonds de dette privée à impact, notamment le fonds social et le fonds biodiversité, attestant de la capacité du groupe à innover sur des thèses d’investissement responsables.
Synergies internes et perspectives technologiques
La direction des investissements assure aussi l’animation des synergies entre le cercle 1 et le cercle 2, ce dernier comprenant des entités avec davantage d’autonomie. Cela passe par la mise en place de fonds communs dédiés, des opérations conjuguées en actifs non cotés et une harmonisation des données. L’intelligence artificielle est aujourd’hui exploitée pour détecter les incohérences et lacunes dans les données, illustrant un premier cas d’usage concret. D’autres projets technologiques sont en cours pour renforcer la sophistication des analyses.
Pour 2026, le groupe envisage de poursuivre ses investissements dans des fonds liés à la biodiversité et à des actifs à contribution positive, en incluant notamment des obligations vertes et sociales, ainsi que des fonds thématiques sur des questions sociales. Notons également l’extension potentielle du périmètre des investissements avec l’affiliation de Kerialis Prévoyance, validée par l’Autorité de la concurrence le 27 janvier 2026, ce qui devrait renforcer l’offre globale du groupe.
« Dans mon exercice de courtier, je rencontre fréquemment des clients dont les portefeuilles peinent à concilier rendement et gestion des risques liés aux engagements à long terme. Ce que j’observe chez Malakoff Humanis, c’est une démarche rigoureuse visant à combler le gap de duration, ce qui réduit significativement le risque d’illiquidité et améliore la stabilité financière. Cette approche, combinée à une intégration accrue des critères ESG, montre une évolution nécessaire pour répondre aux défis réglementaires et sociétaux croissants. Mon conseil dans ce cadre demeure de privilégier une structure d’actifs équilibrée, avec une part sécurisée pour le passif et une portion dédiée à la performance, tout en intégrant systématiquement des critères extra-financiers solides. »
Conclusion
En clôturant avec succès son écart de duration sur un portefeuille élevé à 72,8 milliards d’euros, Malakoff Humanis illustre un ajustement stratégique indispensable face aux aléas des marchés financiers. Cette action s’inscrit dans une politique prudente qui ne sacrifie pas la recherche de performance ni l’ambition environnementale et sociale, notamment à travers des investissements dédiés à la biodiversité et une réduction significative de l’empreinte carbone. Le partenariat approfondi avec Sienna Investment Managers et l’intégration des technologies modernes comme Weefin marquent également une volonté d’innovation continue. Ces éléments renforcent la résilience et la responsabilité du groupe, garantissant la pérennité de ses engagements sociaux. Chez ZoomAssurance.fr, notre mission est d’apporter une information claire et rigoureuse sur ces enjeux complexes liés à la gestion d’actifs et à la protection sociale.
Note éditoriale : Cet article est rédigé à titre informatif par Simo Adrif, co-fondateur de ZoomAssurance.fr et courtier en assurance enregistré à l’ORIAS. Il ne constitue pas un conseil en assurance personnalisé au sens de l’article L521-1 du Code des assurances. Les tarifs, garanties et dispositions réglementaires mentionnés sont ceux constatés ou en vigueur en 2026 et sont susceptibles d’évoluer. Pour une analyse adaptée à votre situation personnelle, consultez un courtier ou un conseiller indépendant.
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