Le mois de novembre est souvent associé à des mouvements de sensibilisation, mais cette année, il est également marqué par l’avènement du **masculinisme novembre**. Ce terme évoque une appropriation subtile et stratégique par certains groupes masculinistes qui tentent d’imposer leur agenda sous couvert de préoccupations légitimes, notamment la santé des hommes. Dans cet article, nous allons explorer les facettes de cette appropriation et les conséquences potentielles sur la perception des enjeux de genre.
Un mois sous l’influence du masculinisme
Novembre a vu l’émergence de plusieurs mouvements tels que Movember, qui vise à éveiller les consciences sur les cancers masculins. Cependant, derrière ce discours se cache souvent un ensemble de revendications qui peuvent être problématiques. Comme le souligne Stéphanie Lamy, chercheuse et militante féministe, certaines actions se révèlent comme des tentatives de normaliser des discours masculinistes qui se s’opposent à la lutte féministe. Ces mouvements, qui apparaissent d’abord comme innocents, ont la capacité d’orienter l’attention du public vers des questions qu’ils jugent cruciales, tout en laissant de côté les luttes pour l’égalité des sexes.
Les campagnes comme **NoNutNovember** et **Movember** se basent sur des stéréotypes de virilité, promouvant une image très caricaturale de l’homme qui doit prouver sa force physique et mentale. Ces initiations, bien que nées d’une intention de sensibilisation, peuvent détourner l’objectif principal : la santé globale des hommes, y compris leur santé mentale.
Instrumentalisation des chiffres et des statistiques
Les mouvements masculinistes tirent également profit des données statistiques pour légitimer leur discours. Par exemple, les chiffres concernant le suicide chez les hommes, qui représentent les trois quarts des victimes, sont souvent mis en avant. Cependant, il est essentiel de rappeler que les tentatives de suicide chez les jeunes femmes ont augmenté de manière significative. Les enjeux de santé doivent être abordés de manière globale, sans que l’un des genres soit mis en avant aux dépens de l’autre.
La manipulation statistique constitue une tactique fréquente de ces mouvements, visant à créer un sentiment d’urgence autour de la santé masculine, tout en minimisant l’importance et la gravité des problèmes de santé touchant les femmes. C’est dans cette dynamique que l’on voit se former une sorte de guerre entre les droits des hommes et les besoins des femmes, un clivage qui n’a que peu de sens face aux enjeux de santé qui touchent les deux sexes.
La réaction des entreprises et des médias
Les entreprises, conscientes de l’impact de ces campagnes, n’hésitent pas à exploiter ces mouvements pour des raisons commerciales. De plus, les médias jouent un rôle crucial en relayant ces informations tout en influençant le discours public. Les mouvements masculinistes utilisent cette plateforme pour affirmer que leur cause est ignorée, développant ainsi un narratif victimique. Dans cette manœuvre, les médias doivent être prudents afin de ne pas tomber dans le piège de la désinformation et de l’accusation.
Des démarches comme **Movember** ont été récupérées par les mouvements masculinistes, engendrant une confusion dans le discours public. Nous sommes donc confrontés à une situation où il devient difficile de distinguer les véritables initiatives de santé masculine de celles qui visent simplement à promouvoir une idéologie conservatrice.
La nécessité d’une approche équilibrée
Il est indispensable d’adopter une approche nuancée face aux enjeux de santé des hommes et des femmes. Les préoccupations concernant les droits des hommes ne doivent pas occulter les besoins des femmes. Un mouvement dont l’objectif est d’unir les deux genres autour d’un discours de santé global serait une avancée significative. En définitive, il est temps de réorienter le discours pour qu’il ait du sens et soit inclusif, en évitant de tomber dans les pièges du masculinisme aux dépens de la cause féministe.
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