Retour sur une décennie de transformation et d’innovation. En 2024, l’assurtech en France continue d’évoluer avec des innovations remarquables et des transformations significatives.
Depuis l’arrivée d’Alan en 2016, l’écosystème des assurtech en France a parcouru un chemin remarquable. Ce secteur, autrefois naissant, a connu de multiples évolutions : nouveaux modèles économiques, exigences accrues de rentabilité, arrivée d’investisseurs plus prudents, mais aussi disparition de certains pionniers. Une décennie plus tard, le secteur a atteint un point de maturité significatif. Cela marque une étape clé dans l’évolution de l’assurance en France.
L’émergence des néoassureurs : un modèle ambitieux
Les débuts d’Alan et l’évolution du paysage
L’assurtech française a réellement émergé avec la création d’Alan en 2016. Cet acteur a bouleversé le marché en devenant l’un des premiers néoassureurs français à détenir un agrément de l’ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution). Depuis, seuls six néoassureurs, dont Acheel, Seyna et Descartes Insurance, ont obtenu une telle autorisation.
Alan, avec son approche centrée sur le B2C, s’est positionné comme concurrent direct des assurances complémentaires santé traditionnelles. De leur côté, Acheel et Seyna ont favorisé un modèle collaboratif. Ils ont travaillé main dans la main avec les courtiers plutôt que de les concurrencer.
Une levée de fonds significative, mais des défis de rentabilité
Chiffres clés :
- 2,5 milliards d’euros : fonds levés par les assurtech françaises en dix ans.
- 627 millions d’euros : record annuel de levées atteint en 2021.
- 1 euro de perte pour 6 euros de CA : le ratio observé chez Alan en 2024.
Ces chiffres témoignent d’un important soutien financier des investisseurs, notamment durant les premières années du secteur. Cependant, cette dynamique est accompagnée de pressions croissantes pour atteindre rapidement la rentabilité. Bien que certains géants comme Alan continuent de perdre de l’argent, la maturité croissante des assurtech oriente désormais les entreprises vers des choix stratégiques plus mesurés et réalistes.
Un terrain commun : améliorer l’expérience client
Dès leurs débuts, de nombreuses assurtech françaises se sont focalisées sur l’amélioration des processus de distribution. L’objectif était de simplifier l’accès à l’assurance pour des clients de plus en plus exigeants et digitaux. Comme l’explique Kevin Dedieu, cofondateur de Descartes Underwriting, beaucoup de start-up ont exploré des idées pour rendre le parcours utilisateur plus fluide. Cependant, cette quête a parfois engendré des « fausses bonnes idées ». Notamment sur des produits souscrits très rarement, ce qui limite la rentabilité de ces initiatives.
À contrario, des sociétés comme Akur8 (tarification), Shift Technology (fraude) ou Descartes (risques émergents) se sont spécialisées sur des niches précises. Elles sont devenues des leaders innovants dans leurs domaines respectifs.
Les marchés émergents à explorer
À mesure que l’assurtech française se consolide, de nouveaux défis et opportunités apparaissent. Les niches telles que le climat, la cybersécurité et la démographie attirent désormais les acteurs les plus innovants. Ainsi, Fasst ou OIB Solutions se renforcent avec des solutions ajustées aux besoins spécifiques d’assureurs et réassureurs.
Ce positionnement stratégique est salué par Alexandre Jeanney, ancien responsable de French Assurtech, qui souligne que les start-up qui collaborent avec les grands groupes plutôt que de les concurrencer affichent une meilleure résilience et une ambition sur le long terme.
Intelligence artificielle : entre innovation et réalité
L’IA générative, très médiatisée depuis 2022, est l’une des forces motrices de l’assurtech. Si l’IA n’est pas une nouveauté dans le secteur (comme l’atteste le succès de Zelros), elle réinvente désormais toute la chaîne de valeur. Cela inclut le pricing et la prédiction des risques.
Cependant, le directeur général de French Assurtech, Nicolas Aurick, met en garde. Les sociétés qui ne se spécialisent que dans l’IA sans proposer d’applications concrètes pour l’assurance sont moins compétitives. Les projets viables doivent s’inscrire dans l’amélioration d’une brique spécifique des processus, offrant ainsi une vraie valeur ajoutée.
Bilan : Une croissance mesurée et des perspectives à long terme
Bien que certaines assurtech n’aient pas survécu au manque de liquidités ou de modèles viables, la majorité des start-up encore actives contribuent fortement au paysage d’innovation en France. Les grandes réussites, comme Alan ou Akur8, témoignent de la résilience et de l’évolution de l’écosystème. Pour les investisseurs et les acteurs du secteur, le temps long reste crucial. En effet, des décisions stratégiques réfléchies et des financements bien orientés permettront d’assurer la pérennité de ce marché en mutation.