En 2025, la France se maintient en tête des destinations européennes pour les investissements directs étrangers (IDE), une situation qui, malgré un recul notable du nombre de projets, souligne la solidité relative de son attractivité. Pourtant, une baisse de 17 % des projets d’IDE accueillis traduit des défis conjoncturels et structurels impactant directement l’économie française, notamment à travers des effets sur l’emploi et la compétitivité des entreprises. Cette dynamique a une incidence concrète sur le pouvoir d’achat et l’assurance des Français, alors que la capacité du pays à capter des investissements conditionne la vitalité industrielle, la création d’emplois, ainsi que les innovations technologiques et énergétiques indispensables à la préservation et au développement du tissu économique national.
- 17 % de baisse des projets d’IDE en France en 2025, contre 7 % en Europe — Baromètre EY
- Réduction de 25 % des emplois créés par IDE en Europe ; recul limité à 4 % en France, avec près de 28 000 emplois — Baromètre EY
- Chute de 47 % des IDE en R&D en France en 2025, alors qu’ils diminuent de 30 % en Europe — Baromètre EY
Le recul des investissements étrangers en France dans un contexte européen difficile
La France, malgré son statut de leader européen pour la septième année consécutive en matière d’investissements directs étrangers, subit une contraction plus marquée que ses voisins. En 2025, le nombre de projets s’établit à 852, en baisse de 17 %, tandis que le Royaume-Uni et l’Allemagne enregistrent des diminutions respectives de 14 % et 10 %. Ce phénomène s’inscrit dans un contexte européen où les IDE reculent globalement de 7 %, affectés par des tensions géopolitiques, commerciales et une incertitude croissante sur le climat économique. Selon la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (Cnuced), ce ralentissement est particulièrement prononcé dans l’industrie, secteur stratégique, avec une chute de 16 % au niveau mondial et un effondrement de 25 % en Europe.
Cette dynamique européenne illustre comment les conflits géopolitiques, notamment la guerre en Ukraine, ainsi que les difficultés dans les échanges commerciaux internationaux génèrent un environnement moins favorable aux décisions d’investissement, souvent reportées ou réévaluées par les entreprises. Ces facteurs ralentissent l’activité industrielle et la modernisation des capacités productives, ce qui freine la relance économique de la région.
Facteurs pesant sur l’attractivité française
Deux principaux éléments expliquent la moins bonne performance française en 2025. D’une part, les secteurs moteurs des IDE en France, tels que l’automobile, la pharmacie ou la chimie, ont nettement réduit leurs projets dans l’industrie et la recherche-développement (R&D), impactant lourdement le flux d’investissements. D’autre part, le contexte économique mondial rend les investisseurs plus prudents, exacerbant encore la frilosité face aux grandes incertitudes politiques et budgétaires, en particulier dans une année précédant des échéances électorales majeures en France. L’attention portée par les investisseurs se concentre ainsi sur la stabilité politique, la lisibilité fiscale et les capacités à mener des réformes visant à renforcer la compétitivité du pays.
Atouts et points forts qui maintiennent la France en tête
Malgré ces défis, la France conserve des avantages solides qui justifient sa place de leader européen. Sa large taille de marché intérieur est un atout essentiel pour attirer les investisseurs, qui valorisent l’accès à un vaste réseau de consommateurs. Sa capacité d’innovation, bien que confrontée à une baisse des projets en R&D, reste un facteur d’attraction majeur, tout comme la qualité des infrastructures et la disponibilité d’une énergie bas-carbone, éléments cruciaux dans la transition vers une économie plus durable. Enfin, la main-d’œuvre qualifiée reste une ressource appréciée, même si les contraintes réglementaires sur le droit du travail modèrent l’enthousiasme des investisseurs, notamment en raison du poids et de la complexité administrative des procédures telles que les plans de sauvegarde de l’emploi (PSE).
Des créations d’emplois impactées mais relativement contenues en France
Si l’ensemble de l’Europe connaît une chute de 25 % des emplois créés via les IDE, avec un total de 202 000 postes en moins en 2025, la France résiste mieux à cette tendance avec un recul limité à 4 %, soit près de 28 000 emplois créés. Cette performance place le pays en deuxième position européenne, juste derrière le Royaume-Uni. Cependant, la France souffre d’un faible nombre moyen d’emplois par projet – seulement 34 – comparé à 44 au Royaume-Uni et 52 en Espagne. Cette différence s’explique par une prédominance des projets d’extension d’installations existantes (reconnus sous le terme d’extensions), alors que les nouveaux projets dits greenfield, généralement plus générateurs d’emplois, sont davantage attirés par d’autres puissances européennes comme la Pologne, l’Espagne ou le Royaume-Uni.
Cette faible création d’emplois par projet s’explique également par la complexité du cadre réglementaire français, notamment en matière de droit du travail, freinant parfois l’embauche dans l’industrie ou la haute technologie. Ce contexte renouvelle les questions sur la nécessité d’adapter les réglementations pour rendre la France plus compétitive sans sacrifier les protections sociales.
Un solde net d’emplois industriels alarmant
Le recul des investissements industriels étrangers se traduit par un effondrement du solde net d’emplois dans ce secteur clé. En 2025, les IDE industriels diminuent de 15 % en France (contre 12 % en Europe), avec une réduction des emplois liés de 10 %. Les secteurs de la chimie, de la métallurgie et de l’automobile sont particulièrement affectés, tandis que la santé et l’énergie montrent une meilleure résistance. En parallèle, les destructions d’emplois liées aux restructurations ont augmenté de 17 %, ce qui fait chuter le solde net d’emplois de 66 %, à seulement 1 400 postes créés, contre près de 16 000 en 2022. Cette situation témoigne d’une tension importante entre création et destruction d’emplois industriels, renforçant l’enjeu d’une politique industrielle plus proactive pour contrebalancer les effets négatifs des réorganisations et fermetures.
Défis dans la recherche et développement
Les investissements en R&D, cruciaux pour l’innovation et la compétitivité à long terme, reflètent également cet essoufflement. En Europe, ils diminuent de 30 %, mais la France du fait de la contraction de secteurs comme l’électronique, l’énergie, les équipements médicaux et la chimie, voit ses IDE en R&D plonger de 47 %. Cette chute particulièrement marquée compromet les efforts d’innovation, essentiel pour attirer des activités à forte valeur ajoutée et préparer la transition technologique nécessaire pour le secteur industriel et les services.
Conserver l’avance dans les domaines stratégiques
Malgré ces reculs, la France conserve un avantage sur certaines niches d’avenir, notamment l’intelligence artificielle (IA) et les data centers, avec une augmentation de 26 % des projets IDE dans ces secteurs en 2025. Des entreprises majeures, telles qu’Anthropic, Rakuten et Manpower, ont continué à investir. Toutefois, face à la vitesse d’accélération des investissements dans des pays concurrents comme le Royaume-Uni (+29 %) et l’Espagne (+33 %), la France doit intensifier ses politiques d’accompagnement de l’innovation, notamment via des infrastructures adaptées, un accès facilité aux financements et la montée en compétences spécifiques.
Le secteur de l’énergie, essentiel dans la transition écologique, connaît quant à lui une baisse des initiatives (-32 % de projets) mais une augmentation des emplois créés (+17 %), illustrant que les investissements se concentrent davantage autour de projets à fort impact social et environnemental. Cette tendance confirme que la transition énergétique demeure une force potentielle pour l’attractivité du pays.
Perspectives pour 2026 : un calme relatif attendu
Les prévisions pour 2026 commandent une certaine prudence. Les intentions d’investissement en France diminuent à 57 %, ce qui traduit une attente marquée des investisseurs dans un contexte d’incertitudes encore présentes, notamment politiques avec l’approche des élections présidentielles de 2027, et économiques avec le spectre d’un regain inflationniste. Ce statu quo relatif reflète la nécessité pour la France de stabiliser son environnement macroéconomique et politique afin de rassurer durablement les acteurs économiques.
Ce que cela change concrètement
Concrètement, cette situation affecte directement la capacité des ménages français à bénéficier des retombées des investissements étrangers. La moindre attractivité, notamment dans l’industrie et la R&D, freine la création d’emplois stables et bien rémunérés, ce qui réduit les perspectives d’amélioration du pouvoir d’achat. De plus, les entreprises voient leur compétitivité remise en question dans un contexte international très concurrentiel, ce qui peut entraîner des ajustements sur les coûts de production et, à terme, sur les prix pour les consommateurs. La transition énergétique et technologique, levier essentiel pour la croissance future, peine à se déployer pleinement, ce qui ralentit la transformation nécessaire vers une économie plus durable et innovante.
Cependant, le maintien de la France en tête des IDE illustre que le pays demeure une plateforme attractive pour les investissements, offrant des opportunités pour renforcer son tissu industriel et améliorer l’emploi. Il s’agit désormais d’adresser les points de blocage, notamment administratifs, fiscaux et réglementaires, pour que cette attractivité profite effectivement aux Français, dans leur vie quotidienne, via une meilleure sécurisation économique et sociale.
Les attentes des investisseurs pour restaurer l’attractivité
Les investisseurs attendent de la France une plus grande clarté sur la trajectoire politique et économique, avec des engagements forts en matière de réduction de la dette publique et du déficit budgétaire. Ils soulignent l’urgence de renforcer la compétitivité à travers des réformes ciblées sur la fiscalité et le coût du travail, ainsi qu’une stratégie industrielle orientée vers les grands groupes comme les PME-ETI et les start-ups innovantes. Capitalisant sur ses points forts technologiques et énergétiques, la France doit préparer la prochaine phase d’attraction des investissements, en mettant l’accent sur les infrastructures critiques, la transition écologique et le développement des talents et compétences.
Sur le plan européen, une intégration renforcée et des initiatives réglementaires plus flexibles contribueront à réduire les obstacles pour les investisseurs et à stimuler une dynamique économique renouvelée, offrant un horizon plus favorable dès 2028, selon l’analyse des experts.
Cet article est fourni à titre informatif. Les données économiques citées sont issues de sources officielles et datées de 2026. Il ne constitue pas un conseil en investissement ou en assurance.
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