Liu De Wen est un personnage fascinant, portant sur ses épaules l’histoire complexe de la relation entre Taïwan et la Chine. En pleine nature sereine, ce ferryman des âmes s’engage à ramener chez elles les cendres de ceux qui, comme Lin Ru Min, ont été déracinés de leur terre natale. Ce qui pourrait sembler être une simple tâche de retour devient une mission lourde de significations émotionnelles et historiques. En mettant le lien familial au cœur de ses actions, Liu De Wen ne fait pas uniquement voyager des urnes ; il tisse des ponts entre les générations perdues et celles qui restent, tout en offrant l’espoir d’une réconciliation, tant personnelle que politique.
Le parcours de Liu De Wen : un voyage de cœur
Depuis plus de 23 ans, Liu De Wen se conforme à l’appel de ceux qui souhaitent retrouver leur terre natale. Dans une société en constante évolution, son rôle est devenu essentiel pour de nombreuses familles taïwanaises. Liu aide à la restitution des cendres des soldats et civils taïwanais, principalement ceux d’origine waishengren. Chaque urne qu’il prend en charge représente une vie, une histoire; ses gestes sont empreints de respect et d’empathie.
Aider ces âmes à revenir chez elles est pour Liu non seulement un acte de dévotion, mais aussi un moyen de combler le vide laissé par des décennies d’exils et de silences. Pour lui, chaque urne est un symbole de mémoire et d’honneur vers tous ceux qui ont été séparés de leur patrie. Liu déclare : « Je n’apporte pas juste des urnes, je ramène des histoires ». Son profond engagement résonne particulièrement dans un contexte où les relations entre Taïwan et la Chine sont marquées par des tensions historiques.
Les défis d’un ferryman des âmes
Le parcours de Liu De Wen n’est pas sans obstacles. Les complexités politiques et les nuances culturelles rendent son travail précieux mais aussi risqué. Les liens familiaux entre Taïwan et la Chine, souvent instrumentalisés, ajoutent une couche de difficulté à sa mission. Liu navigue avec prudence dans ce champ miné, cherchant à honorer la mémoire des morts tout en évitant que son entreprise ne soit perçue comme un soutien à la politique de réunification de Pékin.
Les anciens combattants comme Lin Ru Min, qui ont été contraints de fuir, ont souvent des histoires tragiques à raconter. Liu a observé que ces histoires sont parfois oubliées dans le récit plus large des relations taïmano-chinoises. « Il est crucial de se souvenir de leur lutte et de leur sacrifice », dit-il, tout en ajoutant que son travail est influencé par cette histoire secrète, souvent ignorée par les nouvelles générations.
Des liens familiaux au-delà des conflits
Plus de 60 % de la population taïwanaise s’identifie comme uniquement taïwanaise, mais une fraction non négligeable, environ un tiers, se considère aussi comme chinoise. Ce phénomène complique encore plus le travail de Liu, qui voit dans ses efforts une manière de réunir les familles. Ses voyages à travers Taïwan, à la recherche de tombes abandonnées et de cendres à rétablir, sont des efforts pour rassembler des histoires fragilisées par le temps et les conflits.
Les récits de nostalgie et d’affection pour la terre natale sont omniprésents chez les waishengren. En offrant cette chance de retour, Liu contribue aussi à redéfinir ce que signifie être taïwanais. Son travail illustre la bienveillance nécessaire à la guérison d’une mémoire collective meurtrie.
L’héritage de Liu De Wen et son impact
La méthode de Liu De Wen est exemplaire. Non seulement il transporte les urnes avec soin, mais il en fait aussi un symbole de respect. Il s’apparente ainsi à un véritable gardien de la mémoire. Liu refuse de facturer ses services, croyant fermement que ce trajet sacré ne doit pas être une transaction commerciale. Il est soutenu par des dons et la gratitude des familles qu’il aide.
Sa notoriété croissante lui a permis d’attirer l’attention des médias, tant taïwanais qu’internationaux, qui racontent son histoire et mettent en lumière les enjeux complexes qu’il représente. « Je ne cherche pas à faire du bruit, mais à créer un impact durable », dit Liu, soulignant toujours la valeur de la paix et de la réconciliation.
Conclusion : un pont entre deux rives
En tant que ferryman des âmes, Liu De Wen ne se contente pas d’accomplir une tâche logistique, il incarne un symbole d’espoir et de réconciliation. Son dévouement à aider les familles à retrouver leurs ancêtres met en lumière les complexités des relations entre la Chine et Taïwan tout en honorant le lien sacré entre les vivants et les morts. Liu rappelle à chacun que, même au cœur des conflits, l’humanité peut tisser des liens significatifs.
À lire aussi : d’autres articles sur le même sujet.